Les enfants de Marie 4/5

Semaine 4 — On a fail­li s’ennuyer 

Enfin, Fleur m’indique son emploi du temps… 5 min­utes avant de fil­er. Enfin, Fleur demande qu’on lui réserve une part de tarte. Enfin, Fleur me demande de l’aide. Enfin, le con­tact est établi avec l’espèce de zom­bie vivant la plu­part du temps recro­quevil­lé sur son « Ipad Lulu ! ». Une vic­toire ! ? Sa cham­bre est tou­jours un joyeux bazar qu’elle refuse con­scien­cieuse­ment de ranger. Elle con­tin­ue à ne faire que ce qu’elle veut : « Oui Lulu tout c’est bien passé à l’école aujourd’hui, non Lulu je n’ai pas besoin d’aide pour mes devoirs,  d’ailleurs ils sont déjà faits ! ».   Je vais me con­tenter  des petites vic­toires et les fêter comme des grandes.

Féli­cien com­mence à fatiguer. À accu­muler le sport en semaine et week-end, ce petit bon­homme courageux est de plus en plus lent à se met­tre à ses devoirs. Pour jus­ti­fi­er  un cahi­er de texte qua­si vierge, il donne des expli­ca­tions qui lais­seraient rêveur un par­ent chevron­né. Bref, Féli­cien affin­erait-il une nou­velle stratégie ? ? Aie con­fi­ance Lulu, me susurre le regard de  Kaa-Félicien.

Adélaïde est passée à la phase d’attaque directe en lançant dès sa ren­trée de l’école de toni­tru­ants « Lulu je vais chez Mathilde ! ». Il me fau­dra beau­coup de fer­meté pour con­tr­er ce petit bout de femme bien cam­pée sur ses deux jambes, bras croisés alig­nant les « pourquoi ? ». Mon objec­tif est sim­ple : grig­not­er chaque jour un quart d’heure sur Mathilde afin d’anticiper la décon­v­enue d’Adélaïde…. Qui advien­dra en fin de semaine. Mathilde est fatiguée. Mathilde est malade. Mathilde n’est pas disponible. Autant de bonnes raisons qui con­finent Adélaïde à la mai­son. Il est venu le temps d’expliquer les petites choses de la vie et ten­ter de lui trou­ver des occu­pa­tions en atten­dant le retour de papa. Le temps est long, les accrochages avec Féli­cien et les pleurs plus fréquents. Adélaïde a besoin d’une Lulu-Poppin’s à plein temps, ça prend du temps ! Câlins, jeux, rigo­lades, dis­cus­sions seront inten­si­fiés dans le mael­ström Talalaeff….

Avec Stéphane ça roule aus­si. On com­mu­nique par tex­to pour gér­er les menus du soir. En réal­ité il me laisse la bride sur le  cou. Cette semaine, le réfrigéra­teur a un air « nor­mal ». Aucune hyper­bole de la porte. Chaque pro­duit est iden­ti­fi­able, il y règne un calme éthiopi­en. Je vais devoir inven­ter et faire en sorte que tout mon monde y trou­ve son compte. La stratégie de la bonne odeur qui dif­fuse dans l’appartement s’avère payante et ramène sou­vent à table trois enfants affamés dont deux filles curieuses, sans avoir à élever la voix. « Lulu je souhait­erai le sot‑l’y‑laisse ! » Bougre,  ces enfants dis­posent d’une solide con­nais­sance gastronomique ! !

La cui­sine con­firme son rôle de QG famil­ial. Elle est idéale­ment située près de la porte d’entrée, tout à la fois  poste d’observation, tour de con­trôle et accueil hôte­lier. Nous nous y retrou­vons pour dis­cuter, chanter, rigol­er, révis­er les poésies, effectuer les devoirs, chipot­er Shushi (che chais chest dur à dire), pré­par­er et partager les repas. L’odeur des plats, la chaleur et l’espace restreint ren­dent l’endroit prop­ice aux câlins volés. 

Odile tient le bon rythme. Semaine 4 Odile, on avance ! ! Nous nous sommes habituées l’une à l’autre. Se retrou­ver ensem­ble sur un même lieu avec des fonc­tions dif­férentes devient com­plète­ment banal. « Bon­jour Odile, bon­jour Mamie. Au revoir Odile mer­ci pour tout, au revoir mamie mer­ci pour tou­u­u­u­u­u­ut ! ! ».  Je me suis com­plète­ment habituée aux déli­cieux déje­uners du mer­cre­di : leur pré­pa­ra­tion, les dis­cus­sions et les partages de recettes de vie. Puis cha­cune reprend sa tâche avec sérieux. Objec­tif : ne rien rater c’est à dire ne pas oubli­er un zazou quelque part…

À l’atelier, ça ron­ronne aus­si. Il aura fal­lu qua­tre semaines à Agnès pour com­mencer à s’affranchir du regard de Marie. Ouf, il était temps. Sophie aus­si prend des ini­tia­tives ou plutôt on la pousse gen­ti­ment  à pren­dre des ini­tia­tives et ça marche : elle réalise son  dauphin seule ! Bon d’accord,  c’est le troisième…

Les enfants du mar­di sont tou­jours hyper excités, pour­tant j‘applique la « méth­ode Marie » à fond : course débridée dans le jardin pen­dant un bon quart d’heure avant de débuter la séance. Mais rien n’y fait. La journée est vrai­ment trop longue… Ils sont impa­tients et tur­bu­lents. Les garçons éprou­vent des dif­fi­cultés à align­er deux idées bout à bout. Ils rigo­lent ou  zap­pent en per­ma­nence. Ces deux petits gars feignent le détache­ment per­ma­nent, mais cer­tains com­porte­ment ne trompent pas.  Je dévoil­erai à Thibault qui me la réclame une fois seuls, la cachette aux bon­bons. Docte­ment et avec grand sérieux il déclar­era : « C’est bien, il y a ceux que je veux. » Il ne man­querait plus que ça !

Bon an mal an, les couronnes pren­nent forme. Les délires s’installent. Chaque groupe mèn­era son pro­pre pro­jet. Cer­tains seront plus tech­nologiques, d’autres plus fleurs « bleues ».  Inat­ten­du, le groupe des filles  fan­tas­mera com­plète­ment sur les bon­bons. Elles imprimeront un train d’enfer et seront les pre­mières à tester la tech­nique du cure-dent et à finir le pro­jet ; la gour­man­dise donne des ailes. Le temps de faire une pho­to pour Marie, cha­cune très fière repar­ti­ra avec le pré­cieux trophée bien emballé.

Le sol de l’atelier brille comme un par­quet de bal. Les pail­lettes sont défini­tive­ment amoureuses de nos semelles. Les cheveux, les vis­ages et les vête­ments scin­til­lent. La table a la gueule d’un tableau con­tem­po­rain, ver­sion Deschiens. Les mamans sont en extase !

Copains !!!

Texte et pho­to Marie