caillou, chouX, genou

C’é­tait la ren­trée de sep­tem­bre, les enfants vifs et bronzés por­taient encore les traces de sable et de coquil­lage. La nature était généreuse, il suff­i­sait de savoir débus­quer les pépites qui allaient orner les têtes blondes ou brunes. 

Les verg­ers en frich­es ont offert leurs tré­sors de formes, de ports, de couleurs, de fruits, de graines et de fleurs. Tôt à la fraîche, le séca­teur sélec­tionne viornes, ronces, églantiers, reine des prés, ros­es d’au­tomnes, cin­or­rhodons, bignones, feuil­lages verts ou rougis, tout fait ven­tre sans autre sélec­tion que celle d’ac­cu­muler une var­iété suff­isam­ment large de teintes et de matières… La recherche du sup­port vau­dra quelques tâton­nements, la feuille de rhubarbe mal­gré sa générosité sera vite écartée, sup­por­t­ant mal la déshy­drata­tion. Le chou m’ap­parut par­fait. Il por­tait en lui la forme et la taille des jeunes têtes, ses feuilles dens­es garan­tis­saient la solid­ité du sup­port, et leur vert légère­ment éteint assur­ait la mise en valeur des assem­blages exubérants. Une ficelle de raphia passée astu­cieuse­ment sous et sur l’ou­vrage, un poinçon assisté de quelques cures dents pour faciliter les inser­tions, et une asso­ci­a­tion joyeuse, déli­cate, éphémère venait couron­ner les têtes enfantines. 

Chaque mou­flet assuré, au creux de son oreille, du plus joli cha­peau de la journée, de fierté cor­rigeait sa pos­ture sous les yeux atten­dris de par­ents qui n’en attendaient pas tant. Ce fut un suc­cès ful­gu­rant. La queue s’or­gan­isa. Les mères accom­pa­g­nant leurs progéni­tures pour être sûres d’en être. Les déam­bu­la­tions de pitchounets coif­fés atti­raient les regards et créaient le désir. En quelques heures, le stock fut con­som­mé. Les enfants avec sagesse accep­tèrent la sit­u­a­tion que des mères frus­trées ne pou­vaient concevoir. 

Et pen­dant un dimanche, le chou prit sa revanche. De légume délais­sé, il devint adulé. Couron­né de sauvages sor­ties de leurs fos­sés, ces alliances improb­a­bles ornèrent les nappes blanches…